Un regard d'aigle
sur Alleuze

puce le Monde du Dessus

puce Entre Dessus et Dessous

puce le Monde du Dessous

 

« Ah! L'autre monde, l'autre monde... Me faites pas rire avec ça! Le monde, c'est le monde. Y 'en n'a pas trente-six. Seulement, y'a le dessus et y'a le dessous. Et des fois, c'est sens dessus-dessous. Voilà, c'est tout! » La Margot, Le Dit d'Alleuze, 1994

 

Des yeux pour voir

Les pages suivantes sont consacrées à la lecture du site d'Alleuze effectuée par Alain Freytet. Dans son étude paysagère en vue de la mise en valeur du site, effectuée dans le cadre des opérations engagées par la Commune, il présente un avant-projet d'aménagement pour le site et le village, après avoir esquissé sa vision personnelle du lieu.

C'est de celle-ci que l'on trouvera ici un reflet, sous forme d'extraits. Alain Freytet est paysagiste d.p.l.g. (26, rue de l'Eglise - 78720 La Celle-les-Bordes). Tous les textes et les illustrations qui suivent sont de lui.

 

Le Dessus et le Dessous

Pour déceler les potentialités du site et mieux les mettre en valeur, il convient d'en comprendre les logiques à travers une reconnaissance et une analyse des paysages. La phrase annonçant le Dit d'Alleuze et rappelée en tête de cette page semble donner les clefs de la découverte du site...

Le monde du dessus est aimable, habité, c'est le domaine de la planèze cultivée et de ses villages.

Le monde du dessous est composé par les fonds de vallons et les gorges de la Truyère occupés en bas par le lac de Grandval.

Entre le dessus et le dessous, on trouve des côtes de landes ou de bois, des vallons et des éperons.

Dans le dessous, une présence qui rappelle le monde du dessus : la plate-forme de l'église Saint-Illide : c'est le dessus-dessous.

Au fond, s'élevant vers le monde du dessus, le roc et le château d'Alleuze restent par nature du domaine du dessous : c'est le dessous-dessus.

La Croix de Languiroux - Croquis : Alain Freytet.
La Croix de Languiroux d'Alleuze. Croquis d'Alain Freytet.

Dessus : la planèze et le village

« Le canton de Saint-Flour sud déroule les plaines bossuées, les vallons bruns rougeâtres, les champs d'épis, les fonds çà et là palustres de la planèze. Il s'avance au sud, jusqu'aux anfractuosités de la Truyère, enfoncée à 250 mètres d'abîme. » (Onésime Reclus, Atlas pittoresque de la France, Société de géographie, Paris oct. 1909.)

Vaste, la planèze s'étend jusqu'à l'horizon, annonçant déjà les paysages du Cézallier. Au loin, la lourde échine de la Margeride se couvre d'une sombre forêt. De grandes ondulations de prairies sont ponctuées de pins sylvestres tortueux et de frênes aux silhouettes énigmatiques. Tout ici semble travaillé, cultivé avec soin. Seuls quelques vallons échappent à cette mise en valeur de la terre. La route serpente dans ces vastes étendues. Brusquement, elle bascule et s'ouvre sur les profondeurs des gorges de la Truyère au fond desquelles s'étale le barrage de Grandval. La petite croix blanche d'Alleuze semble conjurer le mal qui pourrait monter de ces profondeurs.

Un autre lieu offre ce brusque basculement du plateau cultivé vers la vallée d'Alleuze : la pinède de Languiroux. Abandonnant les grandes parcelles de Languiroux, le chemin s'enfonce dans les boisements qui annoncent le Bois de Combeyre. A l'approche de la rupture de pente, les pins s'espacent et bientôt, cadré entre les troncs saumonés, le château d'Alleuze, plus seul que jamais, s'impose au regard. I1 est mis en scène par le profil en V du vallon de la Bastide au-delà du lac de Grandval.

Château dans les pins. Photo : Alain Freytet.
Le château d'Alleuze tel qu'il se met en scène, cadré par les troncs orangés
des pins sylvestres, depuis le bord du plateau de Languiroux.Photo : Alain Freytet.

 

Contrairement à Languiroux, le village de la Barge s'est installé tout au bord du plateau. I1 domine la vallée d'Alleuze en partie recouverte par les eaux du barrage de Grandval. I1 s'implante sur une avancée serrée entre le vallon de la Barge et les côtes de la Barge. Le relief qui l'entoure semble avoir influencé jusqu'à son nom même, Barga voulant dire la pente devenu ensuite « la Barge ». L'extrémité du village, comme une figure de proue dessine une plate-forme étroite sur laquelle sont construits une chapelle et un calvaire. Comme l'oiseau gravé sur la porte de la chapelle, on survole ici la vallée où se tapit, menaçant, le château d'Alleuze.

L'Oiseau, Chapelle de La Barge - Croquis : Alain Freytet.
L'oiseau sur la porte de la Chapelle de La Barge - Croquis : Alain Freytet.

 

Au centre du village, l'étroitesse des rues, l'exiguïté des jardins et des potagers nous font brusquement changer d'échelle. Du vaste horizon un peu inquiétant, on passe aux lieux familiers d'un village. On découvre les détails d'un bourg modeste et accueillant qui a gardé une certaine authenticité : un tas de bois, une clôture ouvragée, un four à pain, un travail, un jardin potager,...

Hélas, quelques objets rompent le charme de cette découverte intime  : un container poubelle, un poteau électrique, un barbecue en brique ou une porte de grange en tôle ondulée.

Partout, des murs de pierres, souvent agrémentés de plantes rupicoles, semblent relier les maisons les unes aux autres. Ils assurent souvent la tenue des terres pour composer, dans ce relief chahuté, des replats et des niveaux où se calent maisons, chemins, rues et jardins.

« Nous voici en plein cœur du mystère passionnant qui hante le sombre site d'Alleuze... Vous serez bientôt, chers auditeurs, en direct de cet innocent petit village de la Barge; ce hameau bien de chez nous, niché dans la verdure, à l'aplomb de l'inquiétante ruine d'Alleuze. » Extrait du Dit d'Alleuze, 2ème édition 1994.

Dans le haut du village, une place, durement traversée par la route qui semble s'évaser à cet endroit, se dessine. Elle est cadrée par la mairie, le restaurant et des bâtiments de ferme. Une très belle grange, étirée en longueur semble servir de garde corps au village, au dessus du vallon de la Barge. Elle limite l'espace de la place du village.

Grange à La Barge - Croquis : Alain Freytet.
Grange à La Barge d'Alleuze. Croquis : Alain Freytet.

Deux monuments aux morts se répondent avec les mêmes pierres et les mêmes proportions. Autant l'un est adossé et accompagné, notamment par un tilleul taillé, autant l'autre est perdu dans une marée noire de bitume.

Monument Mallet - Photo : Alain Freytet.
Le monument Mallet ne participe pas à la composition de la place du village... Photo : Alain Freytet.

Associée à la mairie, l'ancienne école ne s'identifie aujourd'hui que par la présence de l'ancien préau et des toilettes. L'ancienne cour, bitumée et cernée de jardinières épaisses et d'un grillage rouillé, est triste. La marelle s'est effacée sur le sol. A côté, un café restaurant anime la place et lui donne toute sa signification.

En contrebas de la place, sur le pignon d'une maison, une accumulation de panneaux publicitaires et rouillés retient l'attention et masque ce qui fait le charme et la valeur paysagère du village.

 

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